Réponse de Jacques Letondal au texte que lui adressé Francis Capron suite à la controverse engagée au printemps 2003 entre Subjectivus et Axes et Cibles.(1)

Jacques Letondal
coordinateur Axes et Cibles à Francis Capron

Cher Monsieur, cher collègue,

Je vous remercie d'avoir répondu longuement à ma lettre qui était, je l'avoue, un peu courte.

Tout d'abord touché de votre bienveillance, je suis, dès la deuxième page, effaré de l'énorme malentendu qu'il y a entre vous et le groupe Axes et Cibles ( accessible...).

Dire que ce groupe " aurait pour principal objet de combattre le mouvement des Etats Généraux de la Psychanalyse " me paraît relever d'une lecture de nos textes bien peu bienveillante. Nous ne disons rien de tel ; il n'y a rien de tel ni dans ma lettre ni dans notre démarche.

Partons du dernier message de René Major :

"Pour ne souligner ici qu'une différence avec les Etats Généraux en général, alors que ces derniers étaient convoqués par le pouvoir en situation de crise, il n'a pas échappé à ceux qui ont lançé l'appel qui a donné lieu à la rencontre à la Sorbonne, qu'ils n'occupaient pas cette place de pouvoir et qu'il appartiendrait à ceux qui ont répondu à cet appel d'en déterminer eux-mêmes la source, le sens et les destinataires".

Manifestement nous n'avons pas la même lecture de cette démarche ; et s'arroger la seule interprétation possible me paraîtrait une position de pouvoir. Nous ne pensons pas que l'interprétation que nous en faisons soit la seule possible, mais celle que nous mettons en avant nous paraît correspondre aux écrits de René Major, d'une part, et, d'autre part,correspond à des phénomènes récurrents dans les institutions analytiques depuis leur origine. La "libido dominandi" et la "pulsion d'emprise" n'ont cessé, à répétition, de dévier les phénomènes de transfert vers des phénomènes de hiérarchie ( "destin si funeste" ! ). Sur ce point, nous souhaitons avoir une attitude de recherche et de vigilance.

Pour moi, la référence aux Etats Généraux de 1788-1789 renvoie essentiellement à un rassemblement de l'ensemble d'un peuple (le peuple français ou le peuple des psychanalystes ou le peuple de la terre ) et la possibilité pour chacun de faire entendre sa voix, quel que soit son rang ses ancêtres ou son talent. Dans un tel cadre, d'ailleurs, celui qui a du talent a pour souci de traduire les préoccupations de tous. D'autre part, je n'ai pas votre conception romantique de l'inconscient ; pour moi ce n'est pas le "Geist", mais l' "unbewust", même pas "geistig" ( ah, la QUESTION !?).

En essayant de participer loyalement et fraternellement aux EGP, nous nous gardons bien de les idéaliser. Il n'est d'ailleurs pas exact de dire qu'on n'y trouve aucune dimension institutionnelle. L'Association des Amis des EGP est une Association loi 1901 avec son Président , son Secrétaire, son Trésorier, ses Comités, son site internet sur lequel on ne peut écrire sans autorisation, etc...etc... ( et c'est normal ! ). De toute manière, dans tout groupe humain ( "massenpsychologie" ) quel qu'il soit, il y a possibilité de rapports de force, de rivalités, de haines, etc... ( quel au-delà de la cruauté ? ).

Il est vrai que je me méfie d'un gouvernement des talents. Quels sont donc les critères du talent ? Les publications ? Les titres et fonctions universitaires ? L'importance de la chapelle dont on s'entoure ? Les privilèges du soi-disant talent me paraissent aussi arbitraires que tous les autres privilèges.

Le vrai talent est au-delà du narcissisme satisfait. Il peut rester modeste et à l'écoute des collègues à la carrière moins prestigieuse. Il sait qu'il est "censé savoir" sans "s'y croire"...

Je vous demanderais, très sincèrement, de voir dans notre démarche et notre questionnement un désir de recherche et de lucidité. Et je dirai, pour conclure de façon provisoire, qu'il serait important de se rencontrer plutôt que de débattre uniquement par messages et écrits interposés. C'est dans la rencontre que l'on peut convenir de la différence de l'autre accueilli avec "hospitalité". J'espère que nous nous en donnerons l'occasion.

Bien confraternellement,

Jacques Letondal
Mai 2003

P.S. : Comme il s'agit d'un débat collectif et non purement individuel, ni d'une affaire personnelle, je me permettrai de transmettre votre lettre et ma réponse, à mes collègues coordinateurs d' "Axes et Cibles".

1) Pour suivre l'essentiel de ce débat, se reporter à l'adresse: http://www.estadosgerais.org/atividades_atuais/le_disputatio.shtml